N.W.O. Le Nouvel Ordre Mondial -> Destination Babel...

2013, le blog continue avec toujours des infos que les médias "mainstream" ne relatent pas. Bonne lecture.

vendredi 22 janvier 2010

Les scanners corporels

Maintenant, nous sommes nus !


Notez

Lundi 11 Janvier 2010

images : http://www.bild.de

Archétype : Hormis le côté « Big brother is watching you », il y a un autre problème passé sous silence : Il s’agit en fait, purement et simplement, d’un appareil de radiologie sophistiqué. Bonjour les doses de rayons X balancées aux passagers, femmes enceintes et aux opérateurs du système. Il y aussi le cas des personnels sensibles des aéroports, qui devront passer constamment à travers ces scanners. Big pharma va être content, des clients supplémentaires pour le cancer. Je pense que 2010 est vraiment une déclaration de guerre totale contre l’humanité. Nos élites, ainsi que le business qui va avec, vous souhaitent une année inoubliable.

2010 est déclarée année mondiale Orwellienne !

L’image inversée d’un scanner corporel, montre le corps nu, en couleur.

Prétendre que les scanners corporels, ne montrent pas les détails des parties génitales, est un mensonge !



Paul Joseph Watson - Prison Planet.com - Vendredi 8 janvier 2010

Les scanners corporels, que le président Obama a autorisé, hier soir, vont être déployés dans tous les aéroports à travers le pays, pour un coût de plus de 1 milliard de dollars. Non seulement ils réalisent des images détaillées de vos parties génitales, mais une fois inversées, certaines de ces images affichent aussi votre corps nu, dans son intégralité, en couleurs réelles.

Et vous n’avez pas besoin d’être un graphiste, utilisant des logiciels à 600 $, tel que Photoshop, pour faire le travail. Inverser le négatif de la photo est un processus simple, qui s’effectue en un seul clic, c’est une option disponible dans la plupart des logiciels de base de retouche d’image.

Des lecteurs nous ont envoyé des exemples du processus, puis je l’ai testé moi-même pour confirmer, qu’en inversant simplement quelques-uns des négatifs, produits par les scanners corporels, il se créé une réplique quasi parfaite d’un corps nu, en couleurs réelles. (Source des


Il est important de souligner qu’il s’agit d’une image de faible résolution. Les agents de contrôle aéroportuaires auront accès à des images « haute définition », une fois inversées, ils verront les moindres détails de votre intimité.

L’astuce de l’inversion ne fonctionne pas sur tous les échantillons d’images produites par des scanners corporels, mais avec ou sans cette possibilité, chaque image affichera les détails de vos organes sexuels. Même sans inversion, ces images posent déjà un problème au niveau des lois sur la pornographie infantile, au Royaume-Uni.

L’assurance que les contrôleurs aéroportuaires ne puissent-pas enregistrer les images, ne rassure-pas les parents, qui imaginent que la nudité de leurs enfants sera lorgnée par un voyeur, un pédophile. Il suffit d’un simple téléphone portable ou d’un appareil photo de poche, pour effectuer un cliché.

Les protagonistes des scanners ont systématiquement décrits les images produites, comme étant « fantomatiques » ou « simplifiées », dans le but de minimiser la violation directe de votre vie privée, qu’ils sont en réalité.

Comme nous l’avons signalé hier, les affirmations des protagonistes, qui soutiennent que les scanners corporels ne produisent pas de détails des organes génitaux, ont été réfutées par un journaliste du « Guardian de Londres », qui était présent lors d’un procès contre ces machines, cette semaine, il a indiqué que le dispositif de prise de vue rend "les organes génitaux particulièrement visibles ».

Le Conseiller à la sécurité allemand, Hans-Detlef Dau, représentant pour une société qui vend des scanners, admet que les machines "montrent les piercings intimes, les cathéters et la forme des seins et du pénis".

En effet, comme cela a été précisé lors de la première mise en œuvre des scanners, il y a 1 an, ils ne fonctionnent pas correctement si les zones du corps restent floues.

Un rapport d’octobre 2008, réalisé lors de l’introduction du scanners corporel à l’aéroport de Melbourne, en Australie, précise que la rétrodiffusion des rayons X périphériques ne fonctionne pas correctement, quand les parties génitales des personnes ne sont pas visibles.

"Cela va montrer l’intimité des personnes, mais nous avons décidé de ne pas les estomper, car cela limite sérieusement les capacités de détection, a déclaré le représentant du Bureau de la Sûreté du Transport, le gestionnaire Johnson Cheryl.

« On voit les organes génitaux et les seins pendant que les personnes passent à travers la machine », a-t-elle reconnu.

Les informations rapportées à la télévision, au grand public, ont été délibérément trompeuses, en estompant les visages et les parties génitales des personnes. Dans la réalité, vos organes sexuels et ceux de vos enfants seront pleinement exposés au fonctionnaire, assis dans la chambre arrière. Avec une simple clic sur le bouton d’inversion, le corps nu de votre fille, en couleurs réelles et en la haute définition, sera exposé au regard des agents de contrôle.

Georgia Guidestones

Bienvenue dans le monde de l'étrange !

Il existe au sud des Etats-Unis, en Géorgie, un étrange mégalithe construit en 1980 dont on ne connaît pas réellement le commanditaire ni l'utilité et que tout le monde nomme les Georgia Guidestones.

Ce monument dans la lignée des pierres de Stonehenge a été commandé à un entrepreneur local en 1979 par un inconnu présentant bien et muni de solides références bancaires se faisant appeler Robert C. Christian. Après avoir acheté un terrain de 2 hectares au sommet d'une colline il confie à l'entrepreneur une maquette en bois de son projet accompagnée d'un cahier des charges très précis. L'entrepreneur devra d'ailleurs s'adjoindre un spécialiste en astronomie pour répondre parfaitement aux instructions données. L'argent versé régulièrement et couvrant largement l'ensemble des dépenses, les travaux sont lancés. Aujourd'hui nul ne trouve trace d'un Robert C. Christian ...

Le mégalithe est constitué de quatre pierres de granit dressées verticalement en étoile, chacune mesurant cinq mètres de haut et pesant 15,84 tonnes. Au centre une cinquième pierre de 7,82 tonnes, tandis qu'une pierre faîtière de 9,27 tonnes couvre l'ensemble. Le mastodonte sert d'horloge, de boussole et de calendrier.

L'orientation du monument permet de suivre la course annuelle du soleil. Aux équinoxes et aux solstices, si on se tient du côté ouest de la colonne centrale on peut voir le soleil se lever à travers une fente prévue à cet effet. Dans cette colonne centrale une autre ouverture côté sud et à hauteur des yeux, permet de distinguer l'étoile Polaire. Enfin dans la pierre faîtière, un trou de 2cm de diamètre dirige sur la colonne centrale un rayon de soleil qui a midi, indique la date.

Mais le plus extraordinaire, ce sont les textes gravés sur les colonnes. Dix préceptes sont inscrits en huit langues : anglais, russe, espagnol, arabe, chinois, hébreu swahili et hindi alors qu'un titre « Que ces pierres nous guident vers l'âge de raison » est lui inscrit sur la pierre faîtière en grec ancien, sanskrit, hiéroglyphes égyptiens et caractères cunéiformes babyloniens.

Les dix préceptes prêtent à la controverse (« Maintenir l'humanité en dessous de cinq cents millions d'habitants ») ou semblent bien naïfs (« Eviter les lois et les fonctionnaires inutiles ») ce qui a valu au monument ces dernières années d'être tagué d'inscriptions le condamnant, alors qu'au contraire certains comme Yoko Ono le cite dans l'une de ses chansons.

Le monument a été inauguré le 22 mars 1980 en présence du député de la circonscription et des télévisions venues d'Atlanta. Depuis 2005 il est mentionné dans le guide des Appalaches édité par la revue National Geographic Traveler et il attire des touristes du monde entier.

Bien entendu le mystère autour de la construction et le but de ce monument contribuent à échafauder toutes les hypothèses les plus saugrenues : œuvre sataniste, nouvelles Tables de la Loi pour une nouvelle ère après la fin de notre monde etc. Il n'est pas difficile de dresser une liste sans fin d'élucubrations. Néanmoins, une question nous reste sur les bras, à quoi ça sert ce bazar ? Réponse : à la même chose que le monolithe de 2001 l'Odyssée de l'Espace , le film de Stanley Kubrick ?

Guidestones.jpg

mercredi 20 janvier 2010

VIE PRIVEE : D’UN COTE LES « PARENTS » ET DE L’AUTRE LES « TRANSPARENTS »


Un EXCELLENT article de JM – chez Libertes-Internets, on t’aime JMM !!!!





Nombreux sont ceux qui pensent que les jeunes internautes ont perdu toute notion de vie privée. Impudiques, voire exhibitionnistes, ils ne feraient plus la différence entre vie publique et vie privée. Et si, a contrario, ils ne faisaient qu’appliquer à l’internet ce que leurs grands-parents ont conquis, en terme de libertés, dans la société ?

Dans “La vie privée, un problème de vieux cons ?“, je dressais un parallèle entre la façon désinhibée qu’ont les jeunes internautes de se dévoiler sur le Net et la révolution sexuelle, et me demandais si ceux qui sont gênés par cette façon décomplexée de s’exprimer ne seraient pas un peu coincés.

Au-delà des problèmes d’inhibition des “vieux cons“, il est difficile d’aborder la question sans essayer de regarder de plus près comment, et pourquoi, les jeunes qui ont grandi avec le Net évoquent ainsi leurs vies privées dans des espaces publics. Une démarche somme toute… “rock’n roll” que n’auraient peut-être pas renié nos (grands) parents, en moins rebelle cependant.

Pour Josh Freed, célèbre éditorialiste canadien, c’est la plus importante fracture générationelle depuis des décennies, qu’il résume ainsi : d’un côté, nous avons la “génération des parents“, de l’autre, la “génération des transparents” :

L’une cherche à protéger sa vie privée de manière quasi-obsessionnelle, l’autre sait à peine ce qu’est la “vie privée“.

La génération des transparents a passé toute sa vie sur scène, depuis que leurs embryons ont été filmés par une échographie alors qu’ils n’avaient que huit semaines… de gestation. Ils adorent partager leurs expériences avec la planète entière sur MySpace, Facebook ou Twitter et pour eux, Big Brother est un reality show.

La génération des parents voit cette transparence comme un cauchemar. Elle a grandi à l’ombre de Mac Carthy et des espions de la CIA, et est plutôt paranoïaque dès qu’il s’agit de partager des données personnelles, de passer à la banque en ligne ou même d’acheter un livre sur Amazon.

Josh Freed raconte ainsi qu’à peine rentré de vacances, son fils mit en ligne toutes les photos de famille, en maillot de bain, avant que sa mère, l’apprenant, ne les en retire “plus rapidement qu’un censeur du gouvernement chinois“.

Comme le souligne Elizabeth Denham, commissaire adjointe à la protection de la vie privée du Canada, habitués à être regardés, filmés, et photographiés, avant même que d’être nés, les jeunes se retrouvent aujourd’hui à “se demander si les choses se passent réellement quand personne ne les regarde“.

En 2006 déjà, danah boyd, l’une des plus fines observatrices de ce que font les jeunes sur le Net, remarquait elle aussi que les adolescents étaient d’autant plus “blasés” par la notion de vie privée, et qu’ils avaient d’autant plus de mal à percevoir les risques posés par la “société de surveillance“, qu’ils ont eux-mêmes grandi en étant constamment surveillés par ceux qui, parents et enseignants notamment, affectent, dirigent ou contrôlent directement leur vie privée ? :

Leur panoptique personnel (administré par des personnes qu’ils connaissent et voient quotidiennement) est bien plus intrusif, menaçant, direct et traumatique que ne pourraient l’être des panoptiques gouvernementaux ou contrôlés par des entreprises privées.

L’érosion de la vie privée commence à la maison, pas au niveau gouvernemental ou marchand. Et tant que nous ne trouverons pas un moyen d’offrir plus de vie privée à ces jeunes, dans leur vie intime, ils n’aspireront pas à plus de vie privée dans leurs vies publiques.

La vie privée ? Une course à l’armement

Citant Jürgen Habermas et son essai sur L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, ainsi que la notion de “contre-publics” (regroupements sociaux formés en opposition aux discours et aux intérêts de la sphère publique officielle) du théoricien du mouvement queer et des questions de genre Michael Warner, danah boyd rappelle que la vie privée est un privilège acquis il n’y a pas si longtemps que cela, et partagé essentiellement par les hétérosexuels blancs de sexe masculin…

Et si la déclaration universelle des droits de l’homme affirme bien, dans son article 12, que “nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation“, force est de constater qu’il ne s’applique guère aux mineurs :

Votre enfant a peut-être sa propre chambre dotée d’une porte qui ferme à clef, et de son propre ordinateur. Mais il n’a pas d’espace privé.

Et c’est pour cela que les enfants se ruent dans l’arène publique pour se libérer de la façon qu’ont leurs parents et administrations scolaires de leur dicter leur façon de se mouvoir et de communiquer.

Dans l’arène publique, ou via une interface technique. Le New York Times raconte ainsi l’étonnement du président de Walt Disney qui, convoyant sa fille et deux de ses amies en voiture, s’étonnait de ne pas les entendre parler, mais de la voir taper des SMS :

“- Tes amies sont là, ça ne se fait pas !
- Mais papa, nous sommes en train de nous écrire, je ne veux pas que tu entendes ce que j’ai à leur dire !”

danah boyd, pour qui la notion de vie privée renvoie à ces moments où l’on a le sentiment de contrôler la façon -et le moment- où l’on peut communiquer avec quelqu’un en particulier, qualifie ainsi d’espaces interstitiels ces moments “volés” dont ils profitent pour communiquer, en toute confidentialité.

Pour elle, la parentalité a, ces dernières années, été de plus en plus associée au fait de surveiller ses enfants. Au point qu’on assisterait à une “course à l’armement entre la surveillance parentale et l’utilisation des technologies pour protéger sa vie privée” :

“Les parents surveillent l’ordinateur de leurs enfants ? Les enfants s’envoient des textos. Et après, on fait quoi ? Combien de temps faudra-t-il attendre avant que les parents ne réclament aux opérateurs de télécommunication la transcription de tout ce qu’ils font et partagent ?

Nous sommes au beau milieu d’une guerre à la vie privée qui va bien plus loin que l’opposition entre “où est ma vie privée ?” et “les enfants sont tellement impudiques“. La distinction même entre vie publique et vie privée s’en trouve bousculée.

Alors que les enfants cherchent à se rendre invisibles de ceux qui disposent d’un pouvoir direct sur eux (parents, enseignants, etc.), ils s’exposent joyeusement auprès de leurs pairs.”

danah boyd note d’ailleurs dans sa thèse, Sortie du contexte : la sociabilité des adolescents américains dans les espaces publics en réseaux (.pdf), que lorsqu’on les interroge, les adolescents déclarent systématiquement qu’ils préféreraient des espaces physiques plutôt que virtuels de socialisation, mais sans contrôle parental…

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Au final, et alors que les adultes doivent réapprendre à se comporter en public, du fait des changements indus par les technologies, les ados, eux, apprennent à se comporter en public grâce aux (et avec les) technologies.

Contrairement à ce que l’on entend souvent, ils n’ont pas particulièrement pour autant de facilités “naturelles” vis-à-vis des technologies, mais c’est effectivement souvent par leur truchement qu’ils apprennent, dans un monde d’adultes, à vivre ensemble, entre eux, et à être un peu seuls, tout simplement. Ce qui leur offre de nombreuses (et nouvelles) libertés mais aussi, et invariablement, angoisse leurs parents en particulier, et les adultes en général.


Une génération “rock’n roll”…

En 2007, la journaliste Emily Nussbaum (compagne de Clive Thompson, dont nous avions déjà évoqué le Nouveau Monde de l’intimité numérique) avait tiré un magnifique portrait de ces enfants du numérique, qui ont grandi de concert avec la numérisation de la société, et qui ont une toute autre approche de la vie privée.

Son article, intitulé “Say everything” (tout dire, en VF), et paru en février 2007 dans le New York Magazine, devrait être inscrit au programme de formation continue de tous les enseignants (et, bien évidemment, des parents). Le début est volontairement caricatural, la suite nettement plus stimulante :

“Les enfants d’aujourd’hui n’ont aucune pudeur, sentiment de honte, ni de vie privée. Ce sont des frimeurs, des putains de la célébrité, de petits vauriens pornographiques qui mettent en ligne leurs journaux intimes, numéros de téléphone, poésies stupides et photos cochonnes.

Ils ont plus d’amis virtuels que d’amis réels. Ils se parlent par messages instantanés et illettrés. Ils ne s’intéressent qu’à l’attention qu’ils peuvent engendrer, et pourtant, ils sont au degré zéro de la concentration, comme des colibris voletant d’une scène virtuelle à l’autre.”

Pour mieux comprendre ce dont il retourne, elle a été voir Clay Shirky, qui observe ce phénomène depuis qu’il a découvert le Net, en 1993, et qui enseigne le “climat social” au programme des télécommunications interactives de la New York University. Sa théorie a tout de la querelle des anciens et des modernes, et repose sur le postulat que nos comportements relèvent moins de la moralité que de la chronologie :

“Chaque fois que les jeunes sont autorisés à se livrer à des activités qui échappent aux anciens, ces derniers s’en trouvent amers. Qu’avions-nous ? Des centres commerciaux et des parkings ? Ce n’est rien en comparaison de ce à quoi ils ont accès, et nous en sommes malades.

Au-delà d’un certain âge, mettons 30 ans, il apparaît toujours surprenant que des pans entiers de notre vie puissent se retrouver en ligne. Mais ce n’est pas quelque chose que ceux qui ont moins de 30 ans ont à désapprendre. Si nous n’agissions pas comme eux, c’est parce que nous n’en avions pas la possibilité.”

Vers la créolisation des médias

Si, pour les ados, il peut sembler plus important d’être vu que d’avoir du talent, on aurait tort, pour autant, de croire que leur horizon se limite à la télé-réalité et à la “peoplisation“, souligne Emily Nussbaum :

“Nous discutons de quelque chose de plus radical parce que plus ordinaire : nous sommes au centre d’une vaste expérimentation psychologique, qui commence à peine à produire des résultats.

Un nombre considérable de jeunes gens partagent publiquement plus de données personnelles qu’aucune personne plus âgée ne l’a jamais fait, et ils semblent pourtant mystérieusement en bonne santé et normaux, et dotés d’une définition totalement différente de la vie privée.

De leur point de vue, le narcissisme, c’est la prudence extrême de l’ancienne génération. Comme le résume Kitty : oui, je suis nue sur l’Internet, mais j’ai toujours dit que je n’y mettrai jamais rien que je ne voudrais pas que ma mère puisse voir. Qu’est-ce que je risque ? Que quelqu’un retrouve ma photo dans 20 ans ? Autant faire de sorte qu’il s’agisse d’une belle photo !”

Filmés avant même que d’être nés, placés sous constante surveillance depuis par ceux qui les aiment ou sont chargés de les éduquer, ils se sont fait à l’idée que la vie privée est une illusion : vidéosurveillance, traçabilité des communications et paiements bancaires… la dématérialisation des procédures, et la numérisation de la société, font que nos traces sont dorénavant enregistrées et stockées, souvent par des entreprises privées, et généralement au nom de la loi.

“Il serait peut-être donc temps d’envisager la possibilité que ces jeunes, qui agissent comme si la vie privée n’existait pas, sont de fait des personnes saines, et que les plus aliénés ne sont pas ceux qu’on croit.

Pour quelqu’un comme moi, qui a grandi en fermant à clef mon journal intime, ça risque d’être difficile à accepter. Mais dans les circonstances actuelles, une attitude de déni consistant à garder les choses pour soi n’est peut-être pas très noble.

C’est peut-être un artefact, vieillot et naïf, comme de croire que la virginité rend les jeunes filles pures. Mais ceux qui ont grandi “en se montrant” ont aussi découvert que les bénéfices de la transparence valaient la peine d’être tentés.”

Clay Shirky décrit cette fracture générationnelle en comparant le sabir, créé par des gens apprenant à communiquer en assemblant des mots et expressions de différentes langues, et le créole, qui est la langue parlée par les enfants de ceux qui parlent le sabir, et qui y imposent des règles et structures cohérentes.

Pour lui, nous assistons aujourd’hui à la “créolisation des médias, et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une métaphore. Je pense que cela peut aussi entraîner de réels changements neurologiques” :

“Et quid de toutes ces choses que nous racontaient nos aînés au sujet du rock’n roll ? Ils ont tout déchiré. Le métissage, les adolescents libres de faire ce qu’ils veulent, la fin du mariage !”

Un nouveau romantisme

Cherchant à mieux appréhender ce qui a changé, Emily Nussbaum observe trois principales restructurations propres à ces individus sociaux, résumées par François Guité, enseignant et spécialiste de l’internet, comme suit :

1. Ils se perçoivent comme ayant un auditoire. C’est la conséquence logique d’une génération MySpace qui ne craint pas de s’afficher en ligne et de publier ses états d’âme.

2. Ils ont archivé leur adolescence. Tout y est : textes, photos, vidéos, musique. Leur mémoire est non seulement consignée dans un album numérique, mais elle est partagée.

3. Leur carapace est plus épaisse que la nôtre. Que ce soit dans la messagerie instantanée ou les blogues (le courrier électronique est une technologie de dinosaures), ils sont habitués au flaming (engueulades et insultes en ligne, Ndlr). Cela explique sans doute le peu de cas qu’ils font de « ta gueule! » et « va chier! ».

Pour eux, il ne sert à rien d’aller à une soirée si ce n’est pas, aussi, pour en faire des photos et les partager, ce en quoi ils ne sont pas très différents des générations d’avant, qui gardaient en Super8, VHS ou en photos papier les traces de leurs histoires.

La différence est que ces documents sont souvent partagés sur des réseaux sociaux, et non gardés chez soi, pour soi. Pour autant, cette “extimité” relève moins de l’exhibitionnisme qu’elle ne dépend des outils qu’ils utilisent (il est plus simple et moins coûteux de mettre ses photos en ligne que de les développer sur support papier) mais aussi voire surtout d’une forme de romantisme qui ne relève pas que de la crise d’adolescence, comme l’explique Caitlin Oppermann, 17 ans, qui avait commencé à bloquer à l’âge de 12 ans :

“Si je ne l’efface pas, je serai toujours là. Ma génération aura accès à toute son histoire, nous pouvons documenter les choses si facilement. Je suis très sentimentale, je suis sûre que cela a quelque chose à voir avec ça.”

Son ami Jakob Lodwick, co-fondateur de Vimeo.com (qui est à YouTube ce que la DVD est au VHS, en -gros- résumé) et de CollegeHumor.com (une sorte de Groland US, en bien plus geek), partage lui aussi cette vision romantique :

“En me mettant en ligne, j’ai reçu un peu d’attention, et je me sentais bien; c’était un réel retour sur investissement (…) Je filmais ce que je voyais et ce qui résonnait en moi. Je ne leur montrais pas ce que c’était que de sortir avec moi, mais ce que c’était que d’être moi.”

Pour Jackson, note Emily Nussbaum, l’internet est un espace où le fait de se montrer les seins nus n’a pas grande importance, mais où tout un chacun peut se faire connaître, gagner de l’attention et de la réputation, en se montrant sous un jour un peu plus vulnérable. Dans le même temps, ceux qui y agissent comme des porcs seront aussi perçus comme des porcs.

Mais quid des pervers ?

Ils sont certes plus ou moins conscients que ces documents et traces pourraient leur être un jour reprochés, par un employeur notamment -sans parler de la façon qu’auront leurs propres enfants de découvrir ces souvenirs, et les quelques frasques qu’ils n’auront pas effacées.

Mais le fait de s’exposer est d’abord et avant tout, comme dans la rue ou la cour de récréation, un moyen d’entrer en contact avec les autres, ou de maintenir et prolonger ce contact, de trouver un(e) petit(e) ami(e), d’être félicité pour la qualité des photographies, voire d’être repéré par un futur employeur… pourquoi dès lors faudrait-il s’en priver et ne se focaliser que sur le (faible) risque associé ? Jusqu’à preuve du contraire, on court plus de risque en sortant de chez soi, à pied ou en voiture, qu’en allant sur Facebook ou Flickr !

Depuis qu’ils communiquent, ils sont habitués à être confrontés à ce que danah boyd qualifie d’”audiences invisibles“, à savoir tous ceux qui, sans être pour autant leurs “amis” à qui sont destinés, a priori, ce qu’ils mettent en ligne, n’en peuvent pas moins en devenir les lecteurs, critiques ou laudateurs… et donc aussi les “juger“, plutôt que seulement les lire ou les regarder.

Ils ont ainsi appris à moduler leur ton pour s’adresser à ces différents types d’auditeurs, sachant également qu’un message instantané ou un email peuvent être copiés/collés et qu’un chat peut être archivé : “cette façon de communiquer oblige les gens à être constamment conscient du fait que tout ce qu’ils publient pourra, et sera, retenu contre eux“.

En ce sens, les adolescents sont confrontés aux mêmes types de problèmes et précautions que les hommes politiques et les “people” : ils sont, eux aussi, devenus -au sens littéral- des personnalités publiques. A ce titre, ils ont aussi adopté les mêmes réflexes que les célébrités, et savent donc qu’il vaut mieux tenter de profiter de l’attention de ceux qui s’intéressent à vous, mais aussi devancer l’appel en contrôlant votre communication plutôt que de voir quelqu’un d’autre le faire à votre place, et donc risquer d’en faire les frais.

A l’instar des personnalités publiques, les ados doivent également apprendre à être jugés, mal compris, caricaturés, critiqués… Le sexe n’étant pas l’apanage des célébrités, certaines jeunes filles anonymes ont ainsi elles aussi droit à “leur” sex-tape, mise en ligne par leur ex-petit ami généralement, profitant du fait que 10 à 20% des jeunes reconnaissent avoir déjà envoyé des photos (ou “sextos“) d’eux, nus, sur le Net ou via leurs téléphones mobiles.

Mises à nues sur les réseaux, certaines décident de s’en déconnecter, pour ne plus risquer d’être confrontées à cette “mauvaise réputation” qui leur collerait au Net. D’autres pourraient décider d’en profiter, pour faire parler d’elles, ou gagner de l’argent, mais cela semble encore rester l’apanage des seuls “people” type Paris Hilton. D’autres enfin décident plus simplement que le plus important, c’est d’apprendre à vivre avec, comme cela se passe à l’occasion de n’importe quel autre type d’agression, et de garder sa dignité.

Il n’est pas inutile, cela dit, de rappeler que le nombre de violences sexuelles dues à l’exposition de soi sur le Net est infime en comparaison du nombre d’agressions sexuelles (notamment dans les sphères intra-familiales) auxquelles les jeunes peuvent être confrontés “IRL” (dans “leur vraie vie“, pour reprendre l’acronyme consacré sur le Net).

Par contre, elles font l’objet de toutes les attentions médiatiques, au point de devenir un nouveau “marronnier journalistique” habilement exploité par ceux qui voient d’un mauvais oeil ces nouvelles libertés que s’arrogent les jeunes ou qui, faute de savoir utiliser le Net ou d’en comprendre les tenants et aboutissants, ont peur des réseaux, tout simplement.

Emily Nussbaum note ainsi justement que la quasi-totalité des personnes de plus de 40 ans, dès lors qu’on leur parle de l’internet, sont littéralement obsédés par le fait qu’il serait infesté de pédophiles, et qu’elles n’ont qu’une idée en tête : “Mais quid des pervers ?“… Les adolescents sont habitués à cette vision particulièrement anxiogène et caricaturale de l’univers dans lequel ils vivent, et préfèrent généralement en rigoler, ce qui ne les empêche aucunement de penser que ceux qui caricaturent ainsi le Net, et donc leur vie, ne sont jamais que des “vieux cons“…

Au-delà de cette diabolisation qui ne fait qu’entraver ou retarder le fait d’entrer de plain-pied dans la société de l’information, danah boyd souligne que cette peur de l’espace public qu’est le Net, et ce désir de contrôler la vie des adolescents, empêchent les parents de donner à leurs enfants les outils susceptibles de les aider à aborder leur transition vers le monde des adultes, et peut s’avérer contre-productif : “les restrictions et mesures de contrôle maximum infantilisent les adolescents, les rendant plus dépendants, voire haineux, des adultes et de leur monde“.

Il faut savoir choisir son camp

GenderIT.org, site créé par le réseau féministe de l’Association pour le progrès des communications (APC) (voir Prohibition 2.0 : qu’est-ce qu’un contenu préjudiciable ?), s’en est largement fait l’écho à l’occasion de sa couverture du Forum de la gouvernance Internet (IGF) des Nations Unies qui s’est tenu à Sharm El Sheikh en novembre 2009.

On aurait pu attendre de la table ronde consacrée à la protection et la sécurité des enfants sur l’internet qu’elle mette en avant, classiquement, mesures de filtrage gouvernemental, et contrôle parental.

A contrario, Dorothy Attwood, vice-présidente des politiques publiques et responsable des questions de vie privée chez AT&T, y déclara que la maltraitance des enfants et la violation de la vie privée avaient ceci de similaires qu’elles ne peuvent pas être réglées par un contrôle accru des flux d’information : “bloquer et contrôler l’information ne sont que des moyens fractionnés de traiter le problème, la solution ne peut pas consister à ajouter de nouveaux contrôles parentaux“.

Pour elle, apprendre à gérer ses données et à “orienter” son identité en ligne sont des compétences essentielles que les enfants doivent apprendre dès qu’ils abordent l’internet : “nous devons tous connaître nos responsabilités et nos droits dans les espaces en ligne“. Et pour cela, mieux vaut être créatif plutôt que menaçant, proposer aux enfants des jeux et usages tirant les technologies (et leurs usages) vers le haut, plutôt que de les menacer, leur faire peur, ou chercher à les contrôler.

Alors que les médias agitent régulièrement le chiffon rouge du “sexting” (voir “Le sexting, c’est (nor)mal“), un autre intervenant déclarait, lui, que “les jeunes en sont vraiment blasés“, témoignant bien du décalage existant entre la perception fantasmatique des “adultes” et la réalité de ce que vivent les jeunes sur l’Internet, comme l’écrit Maya Ganesh, jeune journaliste de GenderIT :

“Pourquoi les responsables n’écoutent-ils pas les enfants au lieu de se contenter d’en parler ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu la perspective des jeunes et pourquoi n’y avait-il pas de représentants des jeunes à ce panel ?

Si les jeunes sont effectivement blasés au sujet du sexting ou excités par les possibilités sexuelles en ligne (les jeunes de chaque génération se sont-ils pas excités par ces possibilités ?), pourquoi les adultes ne peuvent-ils pas le comprendre plutôt que de donner une image générale de victimisation à la sexualité des enfants ?

Alors que la pornographie en ligne peut faire courir un danger aux enfants, le risque le plus important n’est-il pas celui des abus sexuels à la maison par des adultes connus ? Ne risque t-on pas de jeter le bébé avec l’eau du bain en créant ce genre de binarisation ? Pourquoi les risques en ligne et hors ligne sont-ils séparés ?”

Wieke Vink, 18 ans, membre de la Youth Coalition, une ONG internationale réunissant des jeunes de 15 à 29 ans militant pour le droit à la sexualité et à la reproduction des jeunes, ne cache pas, elle non plus, sa consternation devant tant d’infantilisation :

“Quand il y a un problème de connexion internet à la maison, ce ne sont pas mes grands-parents qui le réparent, pas plus que mon père ni ma mère. C’est mon petit ami. Ce sont mes frères. C’est moi. Nous sommes la première génération à avoir grandi à l’ère numérique, dans un vaste monde en réseau (”world wide web” en VO) où Wikipedia est notre bibliothèque, et Skype notre téléphone.

En matière d’Internet, ce ne sont pas nécessairement les parents qui éduquent leurs enfants, mais nous qui leur expliquons ce qu’est YouTube ou Facebook. Nous devons reconnaître que l’Internet est un endroit où les gens se réunissent, partagent et se connectent – et les jeunes sont à l’avant-garde de tout cela.

J’étais donc ravi de voir que l’IGF consacraient nombre de ses panels aux questions relatives aux enfants et aux jeunes, jusqu’à ce que je découvre que les ateliers sur la protection des droits des enfants n’évoquaient quasi-exclusivement que les problèmes tels que les abus sexuels, et que les panelistes avaient tous plus de 50 ans.

Comment se fait-il que la majeure partie des débats au sujet de l’internet et de la sexualité sont empreints de négativité, truffés de mots tels que “filtrage, pédo-pornographie et contenus obscènes” ?

Les jeunes, tout comme n’importe quels autres êtres humains, sont curieux dès qu’il s’agit de sexualité. Et laissez-moi vous dire qu’il y a beaucoup de sexe sur le Net -tout comme il y avait probablement un exemplaire de Playboy sous le lit de mon père. Et c’est très bien. C’est normal. C’est naturel. C’est sain.”

Relatant deux autres tables rondes de l’IGF, sur la vie privée et la gouvernance de l’Internet, Jac SM Kee, artiste et féministe malaysienne responsable de TakeBackTheTech (”Réapproprie-toi la technologie!“), campagne de l’APC incitant “à prendre le contrôle de la technologie pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes“, note ainsi que la situation pourrait bien s’inverser :

“Où est le problème? Un exemple a été donné lors de la séance d’hier au sujet d’une enseignante stagiaire qui a placé sur un site de réseautage social une photo d’elle-même tenant une tasse en plastique avec la légende « pirate ivre ». Par la suite, elle n’a pas pu trouver un emploi comme enseignante car, surprise, ils ont tapé son nom sur Google, ont trouvé la photo et ont porté un jugement. Le dernier point est important, car comme l’a fait remarquer Wolfgang Kleinwaechter (professeur à l’université d’Aarhus au Danemark, et expert reconnu des questions de régulation de l’internet, ndlr), les normes changent.

Ceux qui prendront les décisions à l’avenir seront des gens élevés avec les plateformes de réseautage social. Ils penseront peut-être que le fait de ne pas avoir une photo de vous quelque part lorsque vous étiez jeune est une bonne raison de ne pas vous engager. Il ne faut donc pas prendre ces leçons trop au pied de la lettre.

J’ai bien aimé cet argument car il complique une hypothèse en reconnaissant que les enfants ont une responsabilité et un pouvoir – ils sont plus que des victimes sans défense qui ont besoin de protection ou « d’éducation ».

Wolfgang a parlé du fait que les données personnelles constituent une identité et que chacun a la responsabilité de gérer sa propre identité. C’est un bien qui nous appartient et ne peut pas appartenir à quelqu’un d’autre, même si ce bien est stocké ou situé ailleurs. Il incombe donc à chacun de décider de ce qu’il faut faire de son identité, qui ne peut pas être déléguée à quelqu’un d’autre, comme l’État (par la régulation) ou une entité privée (par des contrats ou l’application de solutions technologiques). (…)

La capacité d’exercer autant de contrôle que possible sur mes données personnelles est l’aspect le plus fondamental des approches qui seront adoptées pour protéger la vie privée. Si je ne peux pas contrôler ce qui arrive à mon corps, je n’ai pas de « droit à la vie privée ».”

Tout comme on ne peut empêcher les adolescents d’avoir leur propre sexualité, il est vain de chercher à vouloir les empêcher de s’ébattre sur le Net. Et de même que les cours d’éducation sexuelle ne se limitent pas à l’évocation des MST, du sida, des agressions sexuelles et des grosses non désirées, il serait bon de commencer à envisager la possibilité de ne plus ni diaboliser le Net, ni d’infantiliser les internautes adolescents (d’autant qu’ils en savent souvent bien plus que les adultes).

La question de savoir à quoi le Net peut bien servir ne se pose pas pour eux : leurs amis sont connectés, c’est plutôt marrant, il y a plein de choses à y faire et à y apprendre qu’on ne trouve pas ailleurs, ou qu’on ne peut pas faire autrement, c’est du spectacle, mais aussi de la vie en société, voire en communauté, on peut s’y exprimer librement, et être entendu, écouté, commenté…

D’ailleurs, pour Emily Nussbaum, la question est moins de savoir s’ils ont raison, ou non : “bien sûr, tous les changements sociaux entraînent des dommages collatéraux. Mais la vraie question est, comme avec toute révolution, de savoir choisir son camp.”

mardi 19 janvier 2010

Le tremblement de terre à Haïti

Haïti : vers une nouvelle occupation américaine ?


Haïti : vers une nouvelle occupation américaine ?

L’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stratégiques, à commencer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de laisser atterrir, sous prétexte de saturation, un avion français : tout semble annoncer une prise de contrôle d’Haïti par Washington. L’attitude de Paris le confirme : nomination de personnes notoirement incompétentes pour enterrer le dossier, absence du gouvernement à la cérémonie de Notre Dame du 16 janvier (alors que le président de la République et de nombreux ministres devaient in itialement s’y rendre), retrait des protestations contre la mainmise américaine sur l’aéroport Toussaint-Louverture… La marche arrière est totale. Certes, l’engagement américain, présenté comme humanitaire, a été le plus rapide. Mais on sait que l’humanitaire est un pavillon qui peut flotter sur toutes sortes de marchandises. Des émeutes révèlent qu’en réalité les Haïtiens tardent à être secourus, ou du moins que les secours sont sélectifs. On peut s’attendre à des émeutes qui seraient réprimées grâce à un impressionnant déploiement militaire. La mainmise sur Haïti est un scénario étudié depuis longtemps. La preuve en est que l’ambassade des USA, récemment construite, n’a pas souffert du séisme, à la différence de l’ambassade de France. Depuis plusieurs années, dans le programme de rénovation de toutes les ambassades américaines dans le monde entier, celle de Port-au-Prince était présentée comme aussi stratégique que celle de Bagdad. Le séisme qui frappe aujourd’hui Port-au-Prince est une bonne occasion de prendre le contrôle d’un pays, présenté comme misérable à cause de la couleur de ses habitants, mais doté d’un riche sous-sol, avec des réserves pétrolifères qui pourraient être supérieures à celles du Vénézuela, d’importants gisements d’or et de cuivre et surtout des ressources en iridium, matériau extrêmement résistant et utilisé dans l’industrie de l’armement (protection des têtes de missiles balistiques intercontinentaux). Il faut savoir que le seul autre pays au monde à détenir d’importantes ressources d’iridium est l’Afrique du sud. Comme par hasard l’Afrique du sud était la seule nation à aider Haïti au moment de la célébration du bicentenaire de son indépendance. la France avait pourtant déployé des efforts considérables pour l'en dissuader. Depuis le coup d’État franco-américain de 2004, c’est l'Afrique du Sud qui accueille et protège l’ex-président Aristide, lequel n’a jamais fait mystère de la richesse du sous-sol de son pays. On ne pourrait suspecter les Américains de mauvaises intentions s’il n’y avait des précédents. Le 28 juillet 1915, sous prétexte de sortir Haïti d’un prétendu « chaos », les marines débarquaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque nationale. Des milliers de paysans, les Cacos, s’insurgèrent alors sous la conduite de Charlemagne Péralte qui, trahi et arrêté en 1919, fut cloué par l’occupant sur une porte. La répression fut particulièrement féroce. Pour réduire les derniers foyers de résistance, les USA inaugurent en 1919 les bombardements aériens massifs. Tout résistance est écrasée en 1920. Les USA ne quittèrent le pays qu’en 1934. Dix-neuf ans d’occupation après un débarquement à des fins, comme aujourd’hui... humanitaires.

dimanche 17 janvier 2010

La Nanotechnologie ...

anotechnologies : tous cobayes de la nano-bouffe ?

Après les OGM, les nanotechnologies s’invitent dans notre assiette : les nano-aliments, traités avec des nano-pesticides et contenus dans des nano-emballages, se multiplient. A la clé : de faramineux profits financiers pour les industriels et des risques environnementaux et sanitaires aujourd’hui impossibles à évaluer. Le tout dans une totale - et incroyable - absence de règles et de contrôles.

Des aliments intelligents qui s’adaptent aux goûts du consommateur, des vêtements qui repoussent l’eau, des matériaux qui s’auto-réparent, de la « poussière intelligente » qui enregistre discrètement les conversations... Bienvenue dans le nano-monde ! Un univers où la science bricole des particules invisibles au microscope et empile des atomes à l’échelle du nanomètre, c’est-à-dire un milliardième de mètre [1]. Les nanotechnologies seront à la base d’une troisième révolution industrielle au cours du 21e siècle, nous promet-on.

Une révolution qui passe aussi par nos assiettes. Car ces nanoparticules sont déjà présentes dans les aliments industriels, les pesticides agricoles, les emballages alimentaires, les récipients de stockage... sans contrôle ni étiquetage. Des particules qui, du fait de leur minuscule taille, traversent les barrières biologiques et peuvent circuler dans tout l’organisme : la peau, les tissus, le cerveau... Alors, prêts pour une nourriture « atomiquement modifiée », aux effets encore inconnus ?

Au moins 106 nano-aliments déjà commercialisés

Difficile de recenser les nano-aliments existants. Les fabricants ont bien compris que les incertitudes qui entourent aujourd’hui les nano-particules peuvent effrayer les consommateurs. Ils ne communiquent pas clairement sur leur utilisation. Selon l’ONG les Amis de la Terre, c’est toute la chaîne alimentaire qui est aujourd’hui « contaminée ». Son rapport intitulé « Du Laboratoire à nos assiettes : les nanotechnologies dans l’alimentation et l’agriculture » dresse la liste de 106 produits alimentaires, du jus de fruit « fortifié » aux compléments alimentaires vitaminés en passant par un « nano-thé ».

L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) dénombre tous secteurs confondus 2 000 nanoparticules manufacturées déjà commercialisées, et plus de 600 produits de consommation concernés. Si ces chiffres sont difficilement vérifiables du fait de l’absence de traçabilité, des estimations situent le marché des nano-aliments à plus de 5 milliards de dollars en 2005, avec des prévisions de 20 milliards de dollars pour 2010. Le groupe de consultants Helmut Kaiser prévoit que le recours aux nanotechnologies concernera, d’ici 2015, 40% des aliments industriels.

« Une technologie de confort pour les pays riches »

Du silicate d’aluminium pour empêcher l’agglutination des aliments en poudre, du ketchup épaissi avec du dioxyde de silicium, des vinaigrettes blanchies au dioxyde de titane... Les nano-aliments nous apporteraient, selon leurs partisans, des avancées culinaires majeures : du chocolat ou des glaces sans lipides et sans sucre, qui conservent le même goût que l’original, une huile (Shemen Industries) qui inhibe l’entrée du cholestérol dans le sang, un substitut alimentaire (Nanotrim de Nanonutra) qui brûle les graisses. Ou la possibilité de modifier le goût d’un aliment selon nos désirs. Des industriels comme Nestlé cherchent à concevoir les « nano-aliments du futur ».

Le géant agroalimentaire Kraft Foods (Etats-Unis) fait partie de ces pionniers. En 2000, il a financé un consortium de 15 universités et laboratoires de recherche, Nanotek, pour concevoir de la nourriture « intelligente » et personnalisée, tels des aliments qui contiennent des centaines de nano-capsules, remplies de saveurs, de nutriments, de couleurs différentes. Un four à micro-ondes pourrait déclencher, selon la fréquence des ondes, telle ou telle capsule, selon les désirs du consommateur. Une nourriture interactive en quelque sorte, qui peut même se transformer elle-même si une personne est allergique à un composant, ou libérer une dose de supplément nutritif si elle détecte des carences. Kraft Foods, le concepteur de ce projet, est propriétaire des marques de chocolat Milka, Côte d’Or, Toblerone, Suchard, et de café Carte Noir, Grand’Mère, Jacques Vabre ou Maxell. Imaginez demain votre café de couleur rose et au goût banane qui vous délivre votre dose quotidienne de vitamines C... Ou du chocolat qui libère des arômes de carotte tout en soignant votre gueule de bois. Formidable, non ?

Des nanos au goût d’OGM

Pourquoi ce déploiement de technologies ? « Sur le plan alimentaire, on ne comprend pas à quoi ça sert, explique Rose Frayssinet, de l’ONG Les amis de la Terre. « C’est comme les usages dans le textile : à quoi servent des chaussettes « sans odeur » avec du nano-argent ? Les nano-particules vont partir dans l’eau au bout de quatre lavages, et vont aller bouffer les microbes jusque dans les stations d’épuration. Au vu de ce que ça coûte, quelle est l’utilité sociale de tout ça ? Ce sont des technologies pour le confort des plus riches ».

Certains voient les nano-aliments comme une « aubaine » pour les paysans du Sud. Leur credo ? Des nanos qui augmenteraient la productivité agricole et permettraient de lutter contre la faim. Une promesse qui rappelle celles des lobbys biotechnologiques et leurs OGM. La comparaison ne s’arrête pas là : risques sanitaires et environnementaux, privatisation du vivant ou de combinaisons d’atomes par des brevets industriels, mise sur le marché de produits dont l’innocuité n’est pas prouvée... Des nanocides (pesticides utilisant les nano-technologies) intelligents qui nécessiteraient un dosage moins important que les pesticides actuels, et ne causeraient aucun mal aux insectes ? Le fait que ce soit des firmes comme Monsanto, Bayer ou Syngenta qui les développent ne peut qu’inviter à rester très prudent sur le sujet...

Vers un nouveau scandale sanitaire ?

« Dans le cas des OGM, nous avons obligé Monsanto à rendre publiques des études partielles de toxicité dissimulées au public. Des études semblables n’existent pas sur la nocivité des nanoparticules, souligne la Fondation Sciences citoyennes. Et les lanceurs d’alerte sont actuellement dissuadés par tous les moyens (poursuites en justice...) de briser la propagande officielle ». Pour Rose Frayssinet, nous sommes face à un risque encore plus grand que les OGM. « Les OGM, c’est un secteur, alors que les nanotechnologies concernent tous les secteurs. Les risques sont d’autant plus difficiles à analyser. On ne peut pas avoir une vision globale des implications ».

Difficile en effet de contrôler le comportement de nano-particules. Elles ne répondent pas aux lois de la physique classique, mais à celles de la mécanique quantique. Construire des particules, atome par atome, manipuler la matière au niveau des molécules, c’est entrer dans un monde d’incertitude radicale. Les propriétés des particules, comme leur toxicité ou leur persistance biologique, varient selon leur taille. De fait, les connaissances actuelles sur les effets toxiques des nano-particules manufacturées sont très limitées.

« Les données disponibles indiquent que certaines nanoparticules insolubles peuvent franchir les différentes barrières de protection, se distribuer dans le corps et s’accumuler dans plusieurs organes, essentiellement à partir d’une exposition respiratoire ou digestive », prévient une étude de l’Afsset, en 2006. Les nano-particules se diffusent dans les alvéoles pulmonaires, le sang, la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau, ou le placenta. Fin 2008, un nouveau rapport de l’Agence juge que la nano-toxicologie fournit « des résultats encore peu nombreux, disparates et parfois contradictoires » et qu’il « n’est cependant pas possible d’exclure à cette date l’existence d’effets néfastes pour l’homme et l’environnement ». Quant à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), après avoir rappelé que des études extérieures montrent de possibles altérations de l’ADN par les nano-particules [2], elle confesse « l’impossibilité d’évaluer l’exposition du consommateur et les risques sanitaires liés à l’ingestion de nanoparticules. » Très rassurant...

Nano-particules : l’amiante du 21ème siècle ?

Une étude britannique démontre l’existence d’un effet indirect des nanoparticules qui endommageraient « à distance » l’ADN [3]. Marie-Claude Jaurand, directeur de recherche à l’INSERM, pointe du doigt les nano-tubes de carbone, matériau ultra-résistant utilisé dans l’industrie, pour leurs effets « similaires à ceux de l’amiante », concernant la production de lésions de l’ADN et la formation d’aberrations chromosomiques. Face à ces risques, que font les instances compétentes ? Pas grand chose. Les instruments règlementaires sont inadaptés. Ministères et agences sanitaires sont complètement dépassés (les documents les plus récents publiés sur le site du ministère de la Santé datent de 2007). L’évaluation des risques doit être totalement repensée.

Les systèmes d’autorisation de mise sur le marché reposent sur la composition chimique des produits. Pour les nanoparticules, cela ne suffit pas, car les effets dépendent aussi de l’organisation spatiale des éléments atomiques et de leur taille. Un élément non toxique peut le devenir à l’échelon nanométrique. « Le dioxyde de titane et les dioxydes d’argent n’ont pas les mêmes propriétés au niveau nanométrique et au niveau macroscopique, explique Rose Frayssinet. Ils n’ont pas les mêmes propriétés selon qu’ils mesurent 20 nano ou 60 nano. Pour étudier les risques, il faudrait donc mener des études pour toutes les échelles ». Mais cela coûte cher. Et les outils manquent. « D’après les textes européens, dès qu’on modifie un aliment, une étude d’innocuité est obligatoire. Mais personne ne sait le faire. Il y a encore un an, il n’y avait aucun filtre vraiment sûr pour récupérer les nano-particules. Sans compter que les délais d’études étant très longs, les résultats arriveront après la mise sur le marché. On demande aux fabricants de travailler dans des salles blanches, avec des scaphandres. Et juste derrière, on met les produits sur le marché. C’est aberrant ! ».

Concernant la production et la mise sur le marché, les industriels se réfèrent à la directive européenne REACH. Celle-ci est pourtant insuffisante. Seules les substances chimiques produites en quantité supérieure à une tonne par an y sont soumises. Vu la taille des nano-particules, cette quantité de production n’est pas toujours atteinte. Et pour le moment, aucune obligation d’étiquetage n’existe, même si le Parlement européen commence à se saisir de cette question.

L’État finance sans s’inquiéter des conséquences

« No data no market » (pas de données, pas de marché). Telle est la position défendue par de nombreuses associations écologistes, qui espèrent être rejointes par les syndicats de salariés. Elles demandent un moratoire sur les nano-produits. Et des procédures d’évaluation des risques adaptées. Les ONG souhaitent aussi débattre de l’utilité sociale des nanotechnologies, en particulier dans le secteur alimentaire.

Le gouvernement français a lancé en 2009 le plan Nano-Innov, qui vise à placer la France parmi les pays les plus en pointe sur les nanosciences, en encourageant la recherche fondamentale à travailler « avec les entreprises pour mettre au point des technologies, déposer des brevets, créer des produits ». 70 millions d’euros ont été consacrés l’an dernier à ce projet. En parallèle, aucun fonds n’est dédié aux études toxicologiques et aux impacts sanitaires et environnementaux.

Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a souligné à l’occasion du lancement de ce plan l’excellence de la recherche nationale sur les nanotechnologies (5ème rang mondial [4]) mais se désole que seulement 290 brevets aient été déposés en 2005, ce qui représente moins de 2% des brevets mondiaux. Car le secteur peut rapporter gros. La National Science Foundation (NSF) américaine évalue le marché des nanotechnologies à mille milliards de dollars en 2015. Selon la Fondation Sciences citoyennes, les investissements en recherche et développement ont été quasiment multipliés par dix entre 1997 et 2003 (3,5 milliards d’euros), avec une prévision de croissance de 40 % par an. « Les chercheurs nous disent souvent : il suffit qu’on parle de ’nanotechnologies’ dans nos projets pour avoir de l’argent pour mener des recherches », commente Rose Frayssinet.

Les multinationales de la pharmacie et de l’agrochimie sont sur les rangs pour fabriquer davantage de nano-aliments. A l’opposé de systèmes alimentaires organisés localement et écologiquement soutenables, se prépare une nouvelle révolution alimentaire, basée sur l’accaparement par quelques firmes privées des éléments constitutifs de la matière et de notre alimentation. Après la malbouffe, nous voici transformés en cobayes de la nano-bouffe, avec le silence complice de l’État.